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En 1951, l’Assemblée faillit adopter le salaire étudiant

 

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La création d’un salaire étudiant a déjà été évoquée à plusieurs reprises sur notre blog et fait désormais régulièrement partie des revendications portées par nombre de mouvements étudiants, en France et dans le monde. Ce que l’on sait moins, et que révèle l’article ci-dessous d’Aurélien Casta, publié en janvier 2020 dans Le Monde diplomatique, c’est que ce projet d’un salaire pour les « jeunes travailleurs intellectuels » date de la Résistance et qu’il faillit même être adopté par l’Assemblée nationale à l’orée des années 50. Des ministres socialistes – éternité de la gauche molle ! –, s’y opposèrent alors. On lira aussi l’ouvrage du même auteur : Un salaire étudiant. Financement et démocratisation des études, La Dispute, Paris, 2017.

La Rédaction du blog

Lettre ouverte aux parlementaires sur la LPPR

 

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Lettre ouverte aux parlementaires sur la LPPR

Nous publions ci-dessous une lettre du collectif « Sauvons l’Université » adressée le 17 septembre 2020 aux députés et sénateurs français. Elle concerne le projet de « loi de programmation pluriannuelle de la recherche » (LLPR), récemment renommée « loi de programmation de recherche… » (LPR), ce qui ne change évidemment rien à son infâme contenu ! Fidèle à la stratégie du grignotage néolibéral poursuivie depuis maintenant plus de 40 ans (on profite d’une grande ou petite victoire pour lancer une nouvelle offensive voleuse, antisociale et irresponsable), cette loi vise à accélérer le démantelement du statut de la fonction publique dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) – comme d’autres lois le font dans d’autres secteurs – et à aggraver, sous couvert d’« innovation », l’asservissement de l’ESR aux intérêts du capitalisme, multinationales en tête. Le savoir, y résister comme le font « Sauvons l’Université ! », « L’Internationale des savoirs pour tous » et tant d’autres collectifs dans l’ESR ou partout, c’est déjà préparer l’avenir, forcément révolutionnaire, d’une société postcapitaliste et postproductiviste.

La Rédaction du blog

‘Fuck the Algorithm’: How A-Level Students Have Shown the Future of Protest

When digital economy and Big Data empower our lives and increase inequalities of the UK’s education system, student protests turn out to be powerful very quickly. The article of James Meadway we publish explains why this method of algorithmic working was bound to fail and our hypothesis is that “Fuck the algorithm” could become a worldwide slogan!

Blog editorial team

Un sondage instructif sur l’Université et la Recherche françaises

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Au sortir du confinement, nous vous avons proposé de répondre à une consultation en ligne sur l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche et ses perspectives d’avenir. En moyenne, un peu plus de 2500 personnes ont répondu à chaque question. Voici comme promis la synthèse des résultats. Le résumé ci-dessous en donne un bilan général et vous trouverez plus bas une fiche de synthèse contenant les éléments chiffrés les plus significatifs.

L’enjeu d’une telle consultation est de savoir où « nous » en sommes, c’est-à-dire « où en est le Nous » de la communauté scientifique. Tout, dans la dynamique amorcée il y a une quinzaine d’années, concourt à briser la collégialité et à faire diverger les intérêts. La rhétorique de la « co-construction », le système d’allocation des moyens, les dispositifs de précarisation subjective et objective, entretiennent notre atomisation. Le sondage en porte la trace : la défiance vis-à-vis des représentants élus, y compris des instances collégiales, est spectaculaire ; les intercesseurs traditionnels comme les sociétés savantes ne sont plus considérés par les répondants comme des acteurs ayant pris la mesure des problèmes majeurs auxquels nos métiers font face ; la majorité des répondants, eux-mêmes titulaires à 75%, reconnaissent aux titulaires une part de responsabilité dans le développement de la précarisation. Ces résultats sont le signe d’une prise de conscience individuelle qu’il s’agit maintenant d’articuler collectivement : nous constatons en nous-mêmes combien la mécanique de dépossession nous englue dans des positions professionnelles et éthiques divergentes et contradictoires, empêchant l’affirmation d’un dessein qui dépasserait les clivages entre corps de métier, statuts, entre disciplines et établissements. Redisons-le ici : cette fragmentation n’est pas un à-côté de ces réformes, mais elle en est le cœur. Reconnaître cette situation douloureuse fait donc partie du diagnostic à poser pour savoir quoi construire.

Il est d’autant plus intéressant de voir que plusieurs propositions recueillent des taux d’assentiment supérieurs à 90 voire à 95% et agglomèrent des groupes dont les réponses divergent sur d’autres sujets. Sans surprise, un tel rassemblement s’opère sur la question des recrutements sur des postes pérennes, sur celle des moyens budgétaires en général et sur le rejet de la LPPR [NdlR, Loi de programmation pluriannuelle de la recherche]. Notons que la concentration d’une éventuelle hausse des moyens financiers sur l’ANR [NdlR, Agence nationale de la recherche], qui induirait un surcroît de précarisation, fait l’objet d’un rejet tout aussi massif que la LPPR elle-même. Le consensus est également écrasant pour affirmer que la précarisation n’est aucunement neutre du point de vue de la démarche scientifique collective et en obère la qualité, un constat diamétralement opposé au point de vue du ministère et de la direction du CNRS [NdlR, Centre national de la recherche scientifique]. Il en va de même pour affirmer la centralité de l’élection, le cas échéant panachée avec des modes de désignation autre que la nomination, dans la composition des instances supervisant les normes de probation savante.

Ces premières convergences sont autant de bornes sur lesquelles la dynamique d’atomisation vient buter : tout en étant conscients de la déconstruction effective de l’intérêt commun dans les réformes, nous réaffirmons notre volonté de rester une communauté solidaire dont les pratiques sont fondées sur l’égalité statutaire, sur le règlement démocratique du dissensus, sur l’exigence de rigueur, la patience et l’écoute. L’élaboration d’une méthode de répartition des moyens, non bureaucratique et scientifiquement fondée, prenant en compte les spécificités disciplinaires, en constitue l’illustration concrète. Nous voulons l’autonomie avec les conditions matérielles qu’elle présuppose. Mais dans le même temps, nous réfutons le sophisme qui voudrait que l’autonomie savante soit l’irresponsabilité, car c’est dans les mêmes proportions que les répondants déclarent vouloir repenser leurs pratiques pour tenir compte de la crise écologique et climatique, qui impose un nouveau fonctionnement savant, plus lent, plus raisonné, plus intègre, plus lucide sur lui-même – en un mot, plus en phase avec l’idéal qui n’aurait jamais dû cesser d’être celui de la science.

Cette convergence de principes fournira la trame des réflexions que nous vous invitons à lancer sur vos lieux de travail et dans vos villes à partir de cet automne. Les journées « Refonder l’université et la recherche » du 25-26 septembre le coup d’envoi de cette réagrégation théorique d’un « Nous ».

Synthèse du sondage

Les répondants

2500 personnes ont répondu au sondage. 52% des répondants sont enseignants ou enseignants-chercheurs titulaires (dont trois présidents d’université ou d’établissement), et 24% sont chercheurs titulaires. 14% sont doctorants (contractuels, vacataires ou non-financés). Les personnels administratifs et techniques représentent 9% des répondants. Sur le plan disciplinaire, 42% des sondés exerçant une profession académique sont issus du domaines des Lettres, Langues et SHS [NdlR, Sciences humaines et sociales), 19% des sciences biomédicales et 39% du groupe science, technologie, ingénierie et mathématiques. 44% se sont déclarés femme, 54% homme. 19% ont moins de 35 ans, 60% ont entre 36 et 55 ans, 21% ont 56 ans ou plus.

Situation sanitaire dans l’enseignement supérieur

Les premières questions du sondage demandaient une appréciation de la situation sanitaire du supérieur en période de déconfinement et en prévision de la rentrée. 70% des personnes interrogées ont fait part de leur pessimisme sur la rentrée, jugeant l’organisation d’une rentrée satisfaisante difficile voire impossible. La perspective du télétravail (« distanciel ») est jugée négativement par 57% des répondants, et seulement 13% expriment une opinion positive sur cette éventualité. 80% des répondants jugent que l’enseignement et l’évaluation à distance répondent à d’autres finalités que l’enseignement et l’évaluation « en présentiel ». Enfin, 85% jugent impossible ou difficile d’organiser une rentrée respectueuse des normes sanitaires requises sans recrutements supplémentaires, non-prévus par le ministère.

Bilan des politiques menées depuis 15 ans

Le bilan scientifique tiré de la vague de réformes amorcées il y a une quinzaine d’années dans toute l’OCDE [NdlR, Organisation de développement et de coopération économiques] confirme leur échec aux yeux des scientifiques : ils ne sont qu’un tiers à considérer que la qualité des publications scientifiques a augmenté, dans le monde et en France (34% et 35%) ; une courte majorité absolue parle de stagnation voire de régression. Ce sentiment de stagnation et de régression est plus marqué concernant la France (54%) que concernant le reste du monde (50%).

Sans surprise, un grand consensus se dégage sur la question des moyens : neuf répondants sur dix jugent les moyens alloués à la recherche et à l’université insuffisants ou très insuffisants (89% pour la recherche, 91% pour l’université). Mais le consensus est tout aussi marqué sur la question du mode de management promu par les réformes, jugé négatif par 94% des répondants pour la recherche et 89% pour l’université. Dans ce contexte où 80% des répondants se déclarent suffisamment bien, voire très bien, informés sur le contenu de la LPPR, le volet managérial et statutaire de la LPPR est expressément rejeté à 81%.

Emploi et précarité

Trois questions visaient à estimer l’ampleur de la précarisation des professions scientifiques, par corps de métiers (enseignants et/ou chercheurs, personnels administratifs, personnels techniques). Au final, ces questions ont surtout permis de prendre la mesure de l’invisibilisation de cette question, avec à chaque fois plus de 30% des répondants se déclarant incapables d’estimer l’ampleur de la précarité sur leur lieu de travail – un constat qui souligne l’urgence de bilans sociaux sincères à tous les échelons, et d’une communication sur ce sujet.

Cette invisibilisation de la précarité n’empêche pas 64% des répondants d’affirmer que les cursus universitaires ne seraient pas viables sans les enseignants précaires ; ils sont 70% à penser que des tâches vitales au fonctionnement de l’ESR [NdlR, Enseignement supérieur et recherche] reposent sur des personnels non-titulaires ; 85% des répondants pensent que la précarité d’une partie des personnels affecte la production scientifique de l’ensemble ; et 40% déclarent avoir vu des recherches dans leur unité affectées par le turn-over des précaires. En conséquence, ils sont plus de 90% à rejeter les termes avancés par le ministère dans ses négociations avec certains intercesseurs syndicaux et avec les sociétés savantes (augmentation du budget de l’ANR en échange d’un soutien au volet RH [NdlR, Ressource humaine] de la LPPR). Enfin, seuls 6% des répondants jugent que le ministère a été à la hauteur des difficultés rencontrées par les précaires durant le confinement.

Concernant la prise en compte de ces difficultés par les représentants de la communauté, si les deux tiers des répondants pensent que les syndicats ont suffisamment pris la mesure du problème, un tiers seulement considère qu’il en va de même des sociétés savantes, et moins d’un quart des répondants considère que les instances élues des universités et organismes ont perçu l’importance de ce sujet.

Concernant la responsabilité de cette situation, 96% des répondants attribuent une responsabilité forte à écrasante au ministère, mais également 75% aux directions des universités et organismes de recherche et aux agences de pilotage. A l’inverse, 85% jugent que les précaires n’ont aucune responsabilité ou une responsabilité minime dans leur situation, tandis qu’ils ne sont que 9% à dédouaner de la même les personnels titulaires du sort fait aux précaires (rappelons que 76% des répondants sont eux-mêmes titulaires).

Bureaucratie ou démocratie

Le sondage confirme l’état très inquiétant de la démocratie universitaire et scientifique : 83% des sondés se jugent insuffisamment associés aux décisions budgétaires de leur établissement d’exercice, et 60% ne sont pas associés du tout. 60% des sondés sont insuffisamment associés aux décisions pédagogiques à l’université, et 67% aux décisions scientifiques.

Si le principe même de l’existence d’une instance d’évaluation comme le HCERES [NdlR, Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur] est critiqué par la moitié des répondants, contre un quart qui le juge positif, son mode de composition actuel, sans élection, ne satisfait que 2,4% des répondants. Les deux tiers des participants (65%) défendent soit l’élection intégrale, soit le panachage entre élection et tirage au sort.

Nous avons également demandé aux répondants d’estimer le nombre d’évaluations qu’ils devaient rendre chaque année pour ces instances, ce qui a fait apparaître un gouffre entre les 2,4% de répondants rendant 10 évaluations ou plus, avec un pic à 60, et le reste de la communauté, à commencer par les 55% de répondants pour qui la réponse est aucune.

Plus de 90% des répondants attribuent au ministère une responsabilité forte à écrasante dans cette situation, à parité avec les directions des universités et des organismes de recherche, tandis qu’ils ne sont « que » 86% à mettre en cause les agences et le HCERES. A noter également que 37% des répondants considèrent que les personnels scientifiques titulaires occupant des fonction de pilotage ont une responsabilité dans cette évolution.

Répartition des moyens

L’estimation des coûts de production d’un article scientifique, hors salaires, témoigne de la possibilité de répartir rationnellement les moyens de sorte que tous les chercheurs puissent travailler, en évitant la chronophagie, la bureaucratie et le conformisme inhérents aux appels à projets. Ainsi, les répondants reconnaissent une gradation des besoins depuis les lettres et sciences humaines (quelques milliers d’€) jusqu’aux sciences du vivant (centaine de milliers d’euros €), selon une croissance qui suit la part de travail d’expérimentation nécessitant du matériel coûteux. Le nombre de signataires moyens suit la même progression entre disciplines. La variabilité des réponses témoigne de ce qu’une distribution strictement déterminée par le champ disciplinaire demeure, possiblement, légèrement sous-optimale. Cependant, elle constitue une première approximation qui permettrait de répartir efficacement l’essentiel des moyens.

Publications

Le diagnostic sévère porté sur l’évolution qualitative des publications trouve son corollaire dans le fait que la moitié des répondants (50%) avoue publier épisodiquement ou régulièrement des travaux inaboutis. 14% déclarent aussi l’avoir fait “une fois”. Plus des deux tiers (68%) disent ne pas avoir le temps de suivre l’état de la recherche dans leur domaine.

Concernant le financement des publications, près des deux tiers des répondants (64%) n’ont jamais fait payer de frais à leur institution pour publier un article dans une revue. Concernant les revues en Open Access, ils sont 53% à n’avoir jamais payé pour être publié, sur 85% de répondants ayant déjà publié en Open Access. Ce modèle de prédation reste donc largement extérieur aux pratiques scientifiques en France. Il est d’ailleurs jugé négativement par 89% des répondants.

A contrario, 57% des répondants se sont déjà procuré des publications sur des sites de piratage et 63% souhaiteraient que les associations savantes reprennent le contrôle des publications, quitte à en supporter les coûts (ils ne sont que 6% à s’y opposer).

Les métiers scientifiques et la crise écologique

La dernière série de questions visait à sonder la communauté scientifique sur la prise en compte de la crise écologique dans la formulation des priorités d’une politique scientifique.

Il en ressort que 84% des répondants pensent que la crise écologique et climatique doit entraîner une modifications des pratiques scientifiques ; 76% pensent que les pratiques actuelles induisent des déplacements trop nombreux et 81% estiment que la réduction de l’empreinte carbone des activités scientifiques doit devenir une priorité dans l’établissement des politiques universitaires et de recherche.

 

Première publication le 14 septembre 2020 sur
http://rogueesr.fr/sondage-rogueesr/

Monde d’avant et monde d’après

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Monde d’avant et monde d’après

Ce qui vient de frapper l’humanité avec la pandémie de Covid-19 a largement excédé les facultés de jugement de la plupart d’entre nous face à la fragilité et la vulnérabilité du monde que nous avons fabriqué. L’agitation de nos contemporains, englués dans une vie nourrie d’« infos », de « tweets », et de « fausses nouvelles » a crû à proportion de la sidération qui s’est emparée d’eux depuis le début de la pandémie. Jusque-là en effet, une majorité de l’humanité anesthésiée par son adhésion au consumérisme ou, au contraire, par son enfermement dans la survie et l’humiliation, avait tout encaissé sans presque broncher : la « crise de la vache folle », la catastrophe de Tchernobyl puis celle de Fukushima, l’épidémie du SIDA, le SRAS, le virus Ebola, la « crise financière » de 2008-2009, le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, etc. Or toutes ces manifestations, qu’on les appelle « crises », « accidents », « catastrophes », relèvent en réalité du fonctionnement « normal » de la société du risque dans laquelle les investisseurs, les ingénieurs, les technocrates et les assureurs ont décidé de nous faire vivre. Mais pour tous ces spécialistes et autres experts, le bilan des paris épidémiques qu’ils ont engagés dans la dernière moitié du XXe siècle est indéniablement positif : selon eux en effet, l’espérance de vie n’a pas cessé d’augmenter, la pauvreté de régresser, la santé de s’améliorer, etc.

Signe, malgré tout, de ce que certains n’avaient pas renoncé à toute forme de dignité, la révolte des « gilets jaunes » contre leur précarisation, puis les grandes grèves contre le démantèlement du service public et la réforme des retraites, étaient parvenues à jeter des centaines de milliers de personnes dans les rues pendant des mois et des mois. Et c’est loin d’être fini ! Car toutes ces catastrophes et épidémies se déploient, ainsi que l’avait écrit Svetlana Alexievitch à propos de Tchernobyl, comme des arbres qui poussent dans la forêt des désastres qui ravagent la Terre aujourd’hui. La Terre, en effet, à laquelle l’humanité sera rivée pour longtemps encore, et non la planète, considérée par les partisans de la conquête et de l’illimitation comme un laboratoire à ciel ouvert pour les expérimentations les plus folles.

Jusqu’au milieu des années 1980, des alternatives à la poursuite mortifère du productivisme étaient encore envisageables. Au lieu de quoi, sous couvert de la recherche d’une « troisième voie » entre capitalisme et communisme, « gauche » et « droite » de « gouvernement » ont continué à célébrer les vertus indépassables du marché, de la concurrence non faussée, de la dérégulation et de l’innovation. Jusqu’à aboutir, après la première tentative d’Emmanuel Macron, au dernier avatar du « ni droite ni gauche » que, parmi d’autres et non sans cynisme, tentent d’incarner aujourd’hui le mouvement « Le jour d’après » ou les inquiétants appels à un gouvernement d’union nationale. Car c’est bien sous ces habits-là que le néolibéralisme et, plus encore, le capitalisme numérique allié à la finance et à la technocratie se sont subrepticement emparés de la vie sociale en la dissolvant dans un lacis de dispositifs. La notion de risque, le calcul des probabilités et les évaluations en termes de coût/avantage ont, en la matière, joué un rôle déterminant dans la volonté de substituer une gouvernance par les experts à la vieille politique et à l’ancien monde.

À partir du milieu des années 1980, il devint de plus en plus difficile d’aller à contre-courant de l’optimisme technologique et économique qui avait contaminé la grande majorité des politiques et des experts. Et il faut donc rappeler que cette euphorie fut, sous la qualification de « mondialisation heureuse », le principal moteur de la catastrophe à venir : « Le néolibéralisme, qui veut faire de la concurrence l’alpha et l’oméga de l’organisation sociale, se voit conduit à l’imposer d’en haut, disciplinairement, et aboutit à un hybride cumulant les défauts du marché et de la bureaucratie. C’est en ce sens qu’il est permis de parler pour la France d’un néolibéralisme d’essence dirigiste1 ». On pourrait aussi bien parler à ce propos d’un mariage entre la carpe et le lapin, ou d’une chimère, dont la viabilité ne saurait durer éternellement. Qui, ainsi, aurait pu prévoir qu’un redoutable virus venu de Chine pourrait, malgré le déni de certains, lui porter un coup potentiellement fatal ? Potentiellement, en effet, car pour le moment en tous cas, l’impuissance des médecins et l’incapacité des experts et des politiques à enrayer la pandémie et les conséquences qui vont en découler a, en France en particulier, suscité autocritiques et repentir du gouvernement et même du chef de l’État. De leur côté, les candides et les incorrigibles optimistes semblent s’attendre à ce qu’advienne enfin le règne du « plus jamais ça ! ».

Ce qui, depuis longtemps, s’était déployé comme une sorte de processus a en réalité résulté de l’extension du calcul en termes de bénéfices/risques à toutes les institutions et activités humaines : la santé, l’enseignement, les assurances et, plus généralement toutes les politiques publiques. Au risque qu’apparaisse, à l’occasion d’une nouvelle crise, un effondrement de la confiance qu’accordaient les acteurs sociaux à ce qui s’apparente en réalité à un nouveau type de gouvernement qu’on appelle aujourd’hui gouvernance. C’est dans les années 1980 à 2000 que se sont déployées, à partir de la Californie, les stratégies qui ont accompagné la désindustrialisation de la « vieille » Europe, la Chine et l’Inde devenant alors respectivement l’usine et le bureau de la planète. Avec l’avènement de la société du risque, le développement des systèmes experts, des réseaux et des délocalisations a largement détruit les relations concrètes de « face à face » dans des sociétés de plus en plus soumises à la tyrannie de la traçabilité et du sans contact. Durant ces quarante dernières années, le travail de déconstruction et de remodelage de ce qui s’était présenté, au sortir de la seconde guerre mondiale, comme un édifice capable de résister aux excès du marché dérégulé, n’a en effet jamais cessé. Jusqu’à ce que, sous l’emprise d’une pandémie, le pouvoir et la finance semblent redécouvrir les vertus de l’État-Providence et d’un vaste secteur public déjà largement délabrés par le procès de dissolution générale de la société et de contrôle électronique de la vie d’individus atomisés.

Mais, nous ne voulons toujours pas croire ce que nous savons et, en premier lieu, que la superficie du monde habitable ne cesse de rétrécir pour une population qui, elle, ne cesse d’augmenter et dont les conditions de vie, pour une fraction croissante d’entre elle, vont continuer à se dégrader. Si rien ne change, et rien sur le fond n’indique que cela pourrait changer, sauf à empirer, ce n’est plus dans l’incertitude que nous allons devoir vivre, mais dans l’imprévisibilité totale. Le moment semble pourtant vraiment venu, cette fois-ci, de se poser quelques questions fondamentales.

La pandémie de coronavirus a engendré de multiples dégâts dans le domaine de l’enseignement supérieur et révélé l’importance des liens incestueux unissant la recherche « scientifique » aux investisseurs et à l’industrie pharmaceutique. Ainsi, l’offensive déjà largement engagée contre les Cours Magistraux (CM) et les Travaux Dirigés (TD) dispensés en « présentiel » (sic) va-t-elle se poursuivre et s’intensifier dès la prochaine rentrée universitaire avec son cortège de suppressions de postes et de précarisation accrue des personnels. De la même manière, au nom du désir de reconnaissance et de la soumission au terrible diktat « publier ou périr ! », les études biaisées (comme celle parue récemment dans The Lancet) vont continuer à proliférer. Les technologies numériques qui constituent le support et les moteurs de cette destruction massive sont-elles, comme se l’est demandé le groupe Pièces et Main d’œuvre de Grenoble, vraiment nécessaires ? Pourquoi celles-ci plutôt que d’autres ? Quels problèmes sont-elles censées résoudre ? À qui profitent-elles ? En quoi modifient-elles nos vies, nos rapports sociaux, notre condition humaine, notre environnement – et ces changements sont-ils ceux que l’on souhaite ? Quelles sont nos priorités collectives ? Quelles valeurs voulons-nous défendre ? Bref, des questions politiques, philosophiques et morales si l’on veut. Que chacun, membre de la Cité, peut et doit se poser ; qu’il maîtrise les sciences de l’atome ou qu’il ne sache pas lire.

Yves Dupont, sociologue, est notamment l’auteur de L’Université en miettes (2014) et co-auteur du Sacrifice des paysans (2016).

1 Jean-Paul Malrieu, La science gouvernée. Essai sur le triangle sciences/techniques/pouvoir, Librairie Ombres blanches, collection « Rue des Gestes », 2011, p. 86-87.

Manifiesto “La universidad pública con las necesidades sociales: docencia y ciencia con conciencia ciudadana”

 

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¿Para qué se educa en la sociedad neo-liberal?

Ante esta pregunta, el lector tendrá ya al menos una respuesta. No tengo capacidad para imaginarlas todas. Quizás sea suficiente, para el propósito de este ensayo, tener en cuenta estas dos, tal vez no extrañas al lector, que a continuación expreso: 1) Quien tenga mirada condescendiente pensará que el objetivo de la educación en neoliberalismo es el de procurar desatar en el individuo las fuerzas creativas e innovadoras para la producción de riqueza; y ese objetivo es, a su vez, un medio, pues con esas fuerzas el individuo se asegura una vida buena. Capacitación y seguridad, se dirá desde esta mirada, son el medio y el fin, respectivamente, que la educación se propone desarrollar en el individuo. 2) Quien tenga una mirada desaprobadora, o más bien pesimista, pensará que el objetivo de la educación en la sociedad neo-liberal es el de procurar sacar provecho máximo de la fuerza productiva del individuo, reducida a su carácter instrumental, para ponerla, sin resistencia del individuo, o más bien alienado él, al servicio del concentrado poder económico mundial. Instrumentalismo y alienación, se dirá desde esta mirada, son el medio y el fin, respectivamente, que la educación se propone desarrollar en el individuo.  

Estas dos miradas parecen divergentes. Incluso se perciben como contrarias. Pero ¿y si cada una de estas dos miradas fuese la de cada ojo mirando el mismo objeto? Donde el ojo derecho ve capacitación y seguridad, el ojo izquierdo ve instrumentalismo y alienación. Supongamos pues que ambas miradas se conjuntan; así, podemos preguntar: 1) ¿La mirada conjunta es disparatada? 2) ¿Acaso unidas ellas perfilan con mayor nitidez su objeto? 3) ¿Lo que ven en conjunto no alcanza sino en su superficie al objeto? Estas nuevas preguntas animan el razonamiento que busco exponer a continuación.

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Mi respuesta a la primera pregunta es que una mirada conjunta no resulta un disparate. Ciertamente son visiones muy distintas y de profundos fundamentos que las hacen rozar las fronteras de la contraposición, de ser polos opuestos. Resumo enseguida en qué consiste, esencialmente, cada una de esavisiones para poder afirmar que son visiones muy distintas; así podremos luego señalar qué puede resultar de la mirada conjunta.

Mirada del ojo derecho. Capacitarse para tener una vida segura. Esa expresión tiene su base de apoyo en la afirmación de un potencial de la condición humana y, al mismo tiempo, de un destino ideal para esa condición. El potencial de la condición humana consiste en la conjugación de potencias corporales y mentales tales que un ejercicio sistemático de experiencia en actividades coloca al individuo en condiciones de distinguirse en el medio en que se desenvuelve su vida. Esa distinción tiene como referencia lo que otros individuos hacen. Esa distinción es una afirmación comparativa del individuo en relación con lo que otros individuos, como él, buscan en la exacta dimensión en la que él mismo busca su distinción. Esa distinción se equipará con la competencia. Competir significa la incesante búsqueda de sobrepasar la capacidad que ya se tiene y, al mismo tiempo, superar la capacidad de los otros. Vivir en competencia, vivir para la competencia, vivir de los competidores, esta es la dimensión vital del individuo en la que se constituye el destino ideal de la condición humana. Ese destino ideal es el de la seguridad. Como resulta evidente es una seguridad no obtenida sino conquistada permanentemente. La vida en competencia es una vida segura en la exacta medida en que la competencia se realice sin punto de acabamiento. El sin cesar de la competencia es el núcleo esencial de la seguridad. Así, el fin inscrito en el destino de la condición humana, vivir en seguridad, no es perfectamente separable del medio de su realización, la afirmación del potencial de la condición humana como competencia. En este contexto, la tarea educativa, la misión de la formación de la población de menor experiencia en la vida, los niños y jóvenes, es la de procurar desatar en el individuo las fuerzas creativas e innovadoras para la competencia. Ahora bien, la manifestación concreta de esa competencia tiene que ser algo productivo. Productivo quiere decir: algo que mantenga en actividad la competencia, algo que permita la afirmación comparativa concreta entre individuos. Algo que, a su vez, sea soporte activo de la continuidad de la competencia. Algo que sea base común de la comparación. Ese algo no es otra cosa que la producción de riqueza. Con ella se tiene la medida común de la comparación entre individuos que compiten en el mismo medio; precisamente, el de la generación productiva de la riqueza. La educación, entonces, tiene una misión libertaria: preparar las mejores condiciones del individuo para que pueda desplegar todo su potencial de fuerzas creativas e innovadoras de la producción de riqueza.

Otra mirada, la del ojo izquierdo. La educación en el neoliberalismo es mero instrumentalismo que conduce a la alienación. Ese es el centro de la mirada que lo desaprueba. ¿En que se apoya su afirmación? Esta afirmación, que es una crítica al neoliberalismo expresada en términos negativos, se sostiene, en su fondo afirmativo, en la idea de que la condición humana guarda un potencial como fuerza productiva que no se limita a la producción de riqueza. La riqueza a la que está llamada la condición humana es tal que el individuo conjuga sus potencias corporales y mentales en un ejercicio sistemático de experiencia en actividades en las que su relación con otros individuos está signada por la convivencia en que se gesta la producción de una riqueza que es colectiva. Esa riqueza es, en su naturaleza, tanto la condición de posibilidad de las mismas potencias corporales y mentales del individuo como el fruto de esa posibilidad potencial. La potencia individual es tal sólo porque se expresa en el individuo, porque se manifiesta de manera concreta en él. No es él, el individuo, el poseedor real de su potencia, más bien es él la propia expresión de esa potencia. Esa potencia es, en su esencia, colectiva. Y de la expresión concreta de esa potencia colectiva en cada individuo resulta, en conjunto, algo más que la sencilla sumatoria o agregado de los frutos de esas expresiones; el resultado es el cambio de esa potencia en magnitud y cualidad. Aquí no se debe hablar de competencia sino más bien de ‘con-potencia’, si se permite el neologismo. El individuo es uno con y en la potencia colectiva. Así la riqueza no se limita al dominio individual de la competencia, puesto que la competencia queda subordinada a la primacía del esfuerzo por sostener aquella condición de posibilidad de las potencias individuales que no es otra cosa que el bien colectivo. Así, la competencia adquiere otro significado en el que la medida de ella está dada por el sostenimiento y el crecimiento del bien del conjunto social. Si ganadores hay en la competencia, entonces, esos son los que con más ímpetu contribuyen al bien del conjunto social. Sobre esta base, se entiende que la mirada reprobadora hacia el neoliberalismo, al que ve celebrar la competencia que enriquece el bien individual, entienda que él no puede proponerse otra cosa sino la consideración de la condición humana como un simple instrumento. Y así, la formación del individuo. Porque, entiende el trato de algo (x) como instrumento a la condición en que ese algo (x) es tomado fuera del todo (X) al que pertenece para ponerlo al servicio de otro algo (y) que pertenece o no a ese todo (X) del que forma parte aquél algo (x). Y, como resulta evidente, si un x del conjunto social es entendido y llevado a accionar fuera del conjunto X -y por tanto no en beneficio ni de X ni del mismo x- entonces ese individuo x está en condición de extrañamiento, está radicalmente alienado. Y cuanto más permanece x en esa condición mayor será el grado de extrañamiento de su condición de pertenencia al conjunto social. Y si del mismo modo ocurre con muchos x, entonces será X el que se convierta en un conjunto cada vez mayor en vaciedad. De esta manera la educación en el neoliberalismo es un proceso de destrucción de la condición básica de pertenencia que exige de suyo la condición humana, la condición de formación de un todo en el que se juega la vida de los integrantes de ese todo que no sería nada sin ellos y ellos nada sin él.

Ahora podemos abordar la interrogante de si es disparatada la conjunción de ambas miradas. Pero, ¿en verdad se pueden conjugar? Si las miradas se toman desde su fondo, ya lo decíamos, lucen casi contrarias. Una descansa en la idea de la condición humana como independiente de la adscripción de la persona a un conjunto social, mientras que la otra concibe una dependencia total. En otro nivel menos fundamental, una mirada ve la ‘conformación neoliberal’ como ajustada, o más bien céntrica, a su manera de entender la condición humana, mientras que la otra ve esa ‘conformación neoliberal’ como excéntrica a su modo de entender la condición humana. Y, finalmente, último nivel, una concibe la misión educativa (la capacitación para la competencia) como acción necesaria para que la ‘constelación neoliberal’ se realice, mientras que la otra no señala nada afirmativo: sólo remite a la manera crítica en que observa, precisamente, lo que la otra mirada defiende en este último nivel; a saber, que la educación neoliberal conduce al perjuicio de lo más esencial de su manera de concebir la condición humana. Vale decir, en el último nivel, merced al trabajo crítico de la segunda mirada, se encuentra un punto de coincidencia en la observación: ambas miran el mismo objeto y mientras uno lo aprueba, lo afirma, la otra lo rechaza, lo desaprueba, lo niega. Así, podemos entender que no es disparatada una mirada conjunta mientras se entienda esa mirada conjunta como la reunión de dos lados de una mismo objeto. Pero ese objeto no está limitado a la mera misión y acción educativa. Con más amplitud, ambas miradas sí están de acuerdo en que observan el mismo fondo en que distinguen el objeto que llamamos misión de la educación. Ese fondo de distinción es, nada más y nada menos, el neoliberalismo. Y ese el el punto ciego de cada mirada y de la mirada conjunta. Ninguna hace explícita su respuesta a la pregunta por el neoliberalismo.

Con lo que venimos de decir, tenemos entonces cómo responder nuestras otras interrogantes: ¿Acaso unidas, o conjugadas, esas miradas perfilan con mayor nitidez su objeto? ¿Lo que ven en conjunto no alcanza sino en su superficie al objeto? El lector, esperamos, no tendrá dificultad en ver que sólo si a la mirada conjunta la entendiéramos como una suerte de juego dialéctico podríamos decir que se perfila con ella una mayor nitidez en el objeto de las miradas; obviamente si se concibe esa dialéctica como confrontación en el que llamamos último nivel: el de la misión educativa. Y así también el lector concederá que la respuesta a la otra pregunta tiene que ser afirmativa: la mirada conjunta se queda en la superficie. Por una doble razón. Por una parte, porque su punto firme de conjugación está precisamente en el nivel de la superficie, el de la misión educativa. Por otra parte, porque, como dijimos, el fondo del objeto que miran es un punto ciego para ambas, precisamente eso que llamamos conformación o constelación del neoliberalismo.

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La mirada conjunta es limitada, especialmente en lo que concierne a su punto ciego. Pero tiene su virtud. Esa virtud radica en la dialéctica que se plantea entre ambas miradas. Esa dialéctica permite la riqueza de un debate del que hemos sido testigos durante décadas. Es el debate entre la posición de la educación emancipadora frente a la educación opresora; si, claro está, se ve dando primacía al ojo izquierdo. Es el debate entre la posición de la educación formadora de excelencia productiva frente a la educación parasitaria; si, claro está, se ve dando primacía al ojo derecho. Ese debate se nutre con mucho vigor de la confrontación entre las posturas relativas a la economía y a la política, preferentemente. Con menos vigor aparece en el debate el hilo de una confrontación que remita al fondo cultural. Es difícil no conceder que este debate ha tenido efectos transformadores en la conducción de los sistemas educativos en los países latinoamericanos. Ahora bien, cuando este debate se desenvuelve en su plenitud se distingue más claro el punto ciego de ambas miradas y de la mirada conjunta. Se entiende que se discute en el debate sobre la base de una comprensión del fenómeno del neoliberalismo, pero cuanto ocurre muestra que el acuerdo sobre tal comprensión sólo es en negativo; vale decir, el acuerdo es estrictamente nominal: es la designación cómoda de un fenómeno que escapa a los interlocutores y que sin embargo los reúne.

¿Y si al menos intentamos despejar las penumbras que deja el punto ciego? Ensayemos.

Algo que es palpable en la situación que hemos descrito sobre el debate dialéctico, lo postulamos así, es lo que puede definir en esencia al neoliberalismo. ¿Qué queremos decir? Se trata del fenómeno caracterizado por la confrontación de actores en la que los contrincantes se alejan cada vez más del objeto del debate convencidos, eso sí, de que están más cerca de él; más aún, que le es propio, en su aceptación o en su rechazo. Como el lector lo sabe, es la situación primigenia descrita en la antigüedad griega a propósito del juego de la retórica. En aquel entonces, el alerta que encendió el predominio de la sofística frente a la tradición hizo que el ejercicio de la razón tomara posición. Desde la razón, la retórica fue puesta al desnudo como un ejercicio confuso en el que la misma razón es asumida bajo la modalidad del simulacro. El arte de persuadir entró en confrontación con el arte de argumentar razonadamente. De por medio, el gran asombro de que esa faena se realiza en el lenguaje; un gran tema para la sofística y para la filosofía. La sofística llegará al extremo de postular que la palabra es creadora de realidad. Y si una realidad creada por el lenguaje se pretende explicar por el mismo lenguaje es tarea inútil. Basta, así, la designación nominal como punto básico para todo ardid de la pretensión de convencer, ora por la persuasión ora por el conocimiento racional. El ejercicio filosófico nace con otra pretensión al respecto. Se podría decir que, de modo más humilde, o menos arrogante, la primera solicitud, la primera petición de la Razón, en el ejercicio filosófico, es la de claridad en el lenguaje. Y, en simetría, su primera aversión es a la práctica de confundir en el lenguaje. De allí su empeño en lograr permanentemente la claridad de cuanto se afirma o se niega; de allí su empeño en hacer prevalecer la lógica que al tiempo que se estructura es capaz de decirse explícitamente a sí misma. Su choque frontal con la retórica es, naturalmente, un choque contra la tendencia a simular, a disfrazar; contra el simulacro como la forma preferida y predominante del ocultamiento -vale decir, de la negación de la verdad.

Ahora bien, vivimos el tiempo de la conformación o constelación del neoliberalismo. Con esta expresión queremos significar el predominio de una forma cultural que se expresa de manera muy clara en los dominios de lo político y de lo económico. Tal forma cultural es el modo de ser que manifiesta la cultura que se ha dado en llamar globalizada; es decir, esa que rebasa toda limitación de culturas particulares y, por ende, de modalidades de gobierno y de estructuras económicas. Postulamos aquí que algo muy de fondo caracteriza radicalmente ese modo de ser cultural y que concierne al lenguaje. Más limitadamente, lo que buscamos postular aquí es que vivimos el tiempo del predominio de un lenguaje que es algo más que una nueva retórica. El ejemplo explícito por excelencia de la vieja retórica está en Platón en quien se lee que la retórica no es más que el simulacro de la política (como, para él, la cosmética simula ser la gimnástica). Lo que en el presente vivimos rebasa esa noción del simulacro que ahora luce simple. Ocurre que en ese simulacro lo que se intenta simular es, en el lenguaje, lo mismo que la actitud racional busca des-encubrir, desocultar. Se puede decir que la actitud retórica, de la antigua retórica, y su contra-actitud racional, la de la filosofía, mantienen el cuidado, el respeto, de aquello por lo que disputan; aquello que está expresado en el lenguaje y sobre lo que se busca mejor comprensión ya sea sólo para el entendimiento o también para la vida pragmática. Ciertamente, mientras la retórica busca ocultarlo queriendo dar brillo deslumbrante a la mera palabra, la actitud filosófica pretende la belleza lógica del lenguaje comprometido con desnudar la verdad de lo que el lenguaje busca decir. El deslumbre de la retórica, con su encandilamiento, encauza el pensamiento entre las márgenes de la manipulación propia de la opinión, de la doxa. Pero, decíamos, en nuestro tiempo se trata no sólo de una nueva retórica sino algo más. Veamos.

En primer lugar, sobre la nueva retórica, sus rasgos fundamentales. Una nueva retórica es lo que se ha caracterizado como el trastrocamiento del lenguaje, en su rigurosidad lógica, para ponerlo al servicio de la ideología o del adoctrinamiento, en el dominio de la política, y, en el dominio de la economía, del abuso de la significación de la palabra para ponerla al servicio de la concentración del poder económico por la vía del mercadeo y la publicidad. De esa caracterización del trastrocamiento del lenguaje hay muy concienzudos análisis que desde mediados del siglo pasado han ido profundizando en la comprensión de la estructuración y funcionalidad. Quizás no resulte abusivo afirmar que estas dos cosas resumen lo esencial al respecto: 1) hacer decir a la palabra lo que no es su decir; en especial, hacerle decir lo contrario de lo que dice, 2) hacer de la palabra un recipiente donde quepan ideas disparatadas, convertirlas en plastikwörter, puestas al servicio de un discurso con definida intencionalidad. Lo esencial de la nueva retórica es que permite el abandono, el olvido, del objeto del discurso, el olvido de aquello de lo que se busca decir algo. En ese sentido, como camino al vaciado del discurso, es un simulacro del simulacro que ya es la retórica; por así decirlo, es un simulacro de segundo orden. En cuanto más vacuo se formula el discurso más generalizado se presenta; vale decir, más aplicable a cualquier dominio de la experiencia humana para decir algo volátil, algo que no dura, algo sobre lo que importa un bledo el carácter de verdad. Sin duda, el foco de resistencia a ese maltrato de la palabra ya no es tanto la filosofía como sí lo es la poesía. Lo asombroso, entonces, del simulacro del simulacro es que logró un predominio que los sofistas y retóricos no alcanzaron a soñar; inundó todos los espacios de todos los conjuntos sociales. Ahora bien, lo que deseamos postular es que, en ese camino de trastrocamiento se ha dado paso a un desbordado empobrecimiento del lenguaje.

Y eso es lo que postulamos como fondo último de la constelación neoliberal. Es el punto ciego de la mirada conjunta. Más ciego al respecto, el ojo derecho que el ojo izquierdo. La mirada de la derecha se encuentra obnubilada con su apropiación de la palabra vacía y volátil al dominio del uso utilitario, y por igual, de las cosas y de los semejantes. En su ceguera, ceguera que consiste en no ver más que a sí misma, lo único que atina a responder ante la crítica que ya se la hecho no es, y no puede ser, más que la soberbia y la arrogancia en sus formas extremas. Menos ciega al respecto, la mirada del ojo izquierdo. Esta ha logrado desbrozar el camino crítico que le permite el juego dialéctico de la mirada conjunta en la medida en que se lo ha podido apropiar. Así, no ciega, sino más bien apartando la tiniebla, ha construido el esfuerzo por desnudar la nueva retórica, por mostrar la mecánica o interpretar el sentido del simulacro del simulacro. Un asunto incomprensible para la mirada del ojo derecho; intolerancia sempiterna de la derecha. Pero, ahora, la tiniebla se ha vuelto más oscura. No sólo se ha vuelto tal sino que ha envuelto hasta la misma crítica. Y es que el lenguaje ha sido puesto en el camino de su aniquilación. No nos referimos a todo el lenguaje en su utilidad, en su funcionalidad, en sus usos, en sus juegos. Nos referimos a lo que podemos llamar el lenguaje más elemental para la vida humana. Ese lenguaje que, es un supuesto de toda cultura, adquirimos en la infancia. El lenguaje del que la educación básica debe ocuparse de enraizar en la cotidianidad del infante. Aniquilar ese lenguaje es la misión no explícita, ciega para ella misma, de la constelación neoliberal. Ese lenguaje, ya en vía de aniquilación, es el lenguaje con el que, en nuestro presente, los docentes de la educación de los niños y jóvenes se enfrentan en la cotidianidad escolar y desde el que los aprendices de la palabra no logran entender nada de cuanto se les quiere enseñar.

Nuestra respuesta entonces a la pregunta de para qué se educa en la sociedad neoliberal: para destruir, para arrasar con la condición humana desde su raíz cultural más elemental. Un descomunal peligro, sin duda. Y frente a él, ¿Qué hacer? Respuesta, quizás abrumadoramente sencilla: dedicar la educación básica a la enseñanza práctica de sólo estas pocas cosas que toda tradición cultural nos ha enseñado: leer, escribir, contar (cuentos y números), hacer música y arte, todo ello bajo la impronta del riguroso ejercicio de la lógica. Pero, seguramente, no es sólo con los niños -y con los jóvenes- que urge hacerlo; al tiempo, o antes, hay que hacerlo con los mismos maestros.

Publicado en la revista brasileña dedicada en su primer número de 2020 (enero-abril) a una serie de artículos en portugués y español sobre el neoliberalismo y la educación « Neoliberalismo e Educação: ameaças à escolarização pública e democrática », Inter Ação, 45(1), 41-48. https://doi.org/10.5216/ia.v45i1.61125

Coronavirus : la science ne marche pas dans l’urgence !

Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus.

En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, qu’a émergé l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être prise au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis.

Dans mon équipe, nous avons participé à des réseaux collaboratifs européens, ce qui nous a conduits à trouver des résultats dès 2004. Mais, en recherche virale, en Europe comme en France, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie. Dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·ses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Avec des collègues belges et hollandais·es, nous avions envoyé il y a cinq ans deux lettres d’intention à la Commission européenne pour dire qu’il fallait anticiper. Entre ces deux courriers, Zika est apparu…

La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate.

Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader. Quand il m’arrivait de me plaindre, on m’a souvent rétorqué : « Oui, mais vous, les chercheur·ses, ce que vous faites est utile pour la société… Et vous êtes passionnés ».

Et j’ai pensé à tous les dossiers que j’ai évalués.

J’ai pensé à tous les papiers que j’ai revus pour publication.

J’ai pensé au rapport annuel, au rapport à 2 ans, et au rapport à 4 ans.

Je me suis demandé si quelqu’un lisait mes rapports, et si cette même personne lisait aussi mes publications.

J’ai pensé aux deux congés maternité et aux deux congés maladie non remplacés dans notre équipe de 22 personnes.

J’ai pensé aux pots de départs, pour retraite ou promotion ailleurs, et aux postes perdus qui n’avaient pas été remplacés.

J’ai pensé aux 11 ans de CDD de Sophia, ingénieure de recherche, qui ne pouvait pas louer un appart sans CDI, ni faire un emprunt à la banque.

J’ai pensé au courage de Pedro, qui a démissionné de son poste CR1 au CNRS pour aller faire de l’agriculture bio.

J’ai pensé aux dizaines de milliers d’euros que j’ai avancés de ma poche pour m’inscrire à des congrès internationaux très coûteux.

Je me suis souvenu d’avoir mangé une pomme et un sandwich en dehors du congrès pendant que nos collègues de l’industrie pharmaceutique allaient au banquet.

J’ai pensé au Crédit Impôt Recherche, passé de 1.5 milliards à 6 milliards annuels (soit deux fois le budget du CNRS) sous la présidence Sarkozy.

J’ai pensé au Président Hollande, puis au Président Macron qui ont continué sciemment ce hold-up qui fait que je passe mon temps à écrire des projets ANR.

J’ai pensé à tou·tes mes collègues à qui l’on fait gérer la pénurie issue du hold-up.

J’ai pensé à tous les projets ANR que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés.

J’ai pensé à ce projet ANR Franco-Allemand, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de la re-déposer telle quelle un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits.

J’ai pensé à l’appel Flash de l’ANR sur le coronavirus, qui vient juste d’être publié.

J’ai pensé que je pourrais arrêter d’écrire des projets ANR.

Mais j’ai pensé ensuite aux précaires qui travaillent sur ces projets dans notre équipe.

J’ai pensé que dans tout ça, je n’avais plus le temps de faire de la recherche comme je le souhaitais, ce pour quoi j’avais signé.

J’ai pensé que nous avions momentanément perdu la partie.

Je me suis demandé si tout cela était vraiment utile pour la société, et si j’étais toujours passionné par ce métier ?

Je me suis souvent demandé si j’allais changer pour un boulot inintéressant, nuisible pour la société et pour lequel on me paierait cher ?

Non, en fait.

J’espère par ma voix avoir fait entendre la colère légitime très présente dans le milieu universitaire et de la recherche publique en général.

Première publication, 4 mars 2020 sur
UNIVERSITÉ OUVERTE